logo d'Étaples
   ACCUEIL  > A voir  >  Histoire

L’HISTOIRE DE LA CITÉ DES PÊCHEURS
par Pierre BAUDELICQUE ~ Docteur de l'Université

L’emplacement occupé aujourd’hui par la Ville d’Etaples présente des traces remontant au Paléolithique, très longue période commençant avec l’ère quaternaire voici trois millions d’années pour se terminer au début du dixième millénaire avant Jésus-Christ. Certains silex taillés découverts sur le site de Bagarre sont vieux d’environ 240 000 ans.

On trouve, à partir du Hallstadt, à l’âge du fer (800 ans avant Jésus-Christ), de nombreux sites de l’installation des Gaulois sur la côte et dans les dunes bordant le nord-ouest de la Ville d’Etaples.

Bien que le site eût été occupé au début du premier millénaire par les Romains, la ville même d’Etaples fut probablement fondée par les Francs qui envahirent la Morinie au cours des IVème et Vème siècles. Elle fut évangélisée, comme toute la région, par Saint-Firmin d’abord, et plus tard, au VIIème siècle, par Saint-Saulve, Saint-Valéry et Saint-Liévin, sans oublier le rôle que joua Saint-Josse, l’ermite dont les Etaplois célèbrent encore le culte aujourd’hui.

Le IXème siècle fut, pour la cité, une époque dramatique. A maintes reprises elle fut pillée, mise à sac, brûlée par les Normands qui se répandaient dans tout le pays à la recherche de butin. Ils avaient fait de la ville leur base de départ et l’entrepôt de toutes les richesses recueillies aux alentours. En 1172, Matthieu d’Alsace construisit le Château d’Etaples, au fond de l’ancien cimetière actuel. Cet ouvrage fut élevé sur les ruines d’un château beaucoup plus ancien dont les traces d’incendie laissent penser qu’il fut brûlé lors d’un raid des Normands.

Le XIème siècle marqua un tournant dans l’histoire de la ville. Sur le plan politique apparurent deux institutions importantes qui survécurent jusqu’en 1790 : le Bailliage d’Etaples qui fut créé en 1071. A sa tête se trouvait un Bailli qui représentait le Roi et exerçait la justice en son nom. Cette fonction fut confiée, de père en fils, aux membres d’une même famille vivant encore dans la ville aujourd’hui. Fut également créé à la même époque l’Echevinage d’Etaples. C’est en l’An 1100 que la première charte fut accordée à la ville.

Les Echevins siégeaient dans la «Halle de l’Echevinage» située rue de Montreuil et aujourd’hui disparue comme tant d’autres souvenirs.
Au cours des XIVème, XVème et XVIème siècles, Etaples connut les pires calamités : en 1346, les Anglais revenant vainqueurs de la Bataille de Crécy incendièrent la ville. En 1355, le Duc de Lancastre la pilla. En 1455, elle fut à nouveau détruite par les flammes. Il en fut encore de même en 1546. Au cours de la Guerre de la Ligue, le Comte de Rambure s’empara de la Cité et de son château. En 1596, la population était décimée par la peste.

Mais toujours, Etaples renaissait de ses cendres. Le XVIIème siècle fut pour la France une période d’ordre sinon toujours de paix. Louis XIV, le Roi Soleil, était à la tête du pays. Les Troupes boulonnaises furent à cette époque célèbres par leur courage et leur vaillance sur les champs de bataille. Elles se composaient de 6 régiments d’infanterie, de 5 régiments de cavalerie et d’une compagnie d’artillerie. Le 6ème Régiment d’Infanterie, celui d’Etaples, comptait 1 158 hommes qui se couvrirent de gloire en Flandre contre les Impériaux.

La Révolution, malgré la parenthèse brutale des épurations de Frimaire (en novembre et décembre 1793), n’eut pas de conséquences funestes pour la ville administrée alors par sa «Municipalité révolutionnaire» et la célèbre «Société Populaire». La bourgeoisie d’Etaples, dans une période difficile, voire dramatique, sut, par son autorité, son sens des affaires, et surtout sa modération, éviter le pire. La ville fut un des rares districts de France où le sang ne coula pas.

Vint l’Empire. De 1803 à 1805, Napoléon 1er réunit une puissante armée tout le long des côtes de La Manche dans le but d’envahir l’Angleterre, son ennemie irréductible. Ce fut le célèbre Camp de Boulogne.
Pendant deux ans, les troupes du 6ème Corps d’Armée du Maréchal Ney stationnèrent dans la ville d’Etaples et ses proches environs. Ce fut une époque brillante pendant laquelle on vécut intensément, mais surtout une époque glorieuse : l’Empereur vint plusieurs fois à Etaples pour y passer ses troupes en revue. La population en garda un souvenir inoubliable.

La ville se développa rapidement au cours du XIXème siècle : la population, de 1 507 habitants qu’elle comptait en 1807, passa à 4 692 habitants en 1901. Les nouvelles des changements politiques qui, à maintes reprises, secouèrent la capitale au cours de ce siècle, parvenaient très atténuées à Etaples dont la vie se poursuivait, calme et paisible. En 1848 fut inaugurée la ligne de Chemin de Fer reliant Amiens et Boulogne et qui passait par Etaples. En 1860, on construisit enfin un pont reliant les deux rives de La Canche.

De 1880 à 1914 se constitua dans la Cité des Pêcheurs une véritable colonie d’artistes peintres venus des quatre coins du monde, attirés par la lumière de la baie de Canche, le charme et le pittoresque de la cité. Cette «Ecole d’Etaples» égala par son prestige celles de Barbizon, de Pont-Aven ou d’Honfleur.

Pendant la Première Guerre mondiale, Etaples vécut à l’heure britannique : l’armée installa un immense camp d’entraînement au Mont Levin aujourd’hui couvert d’habitations. Dans ce camp qui compta jusqu’à 80 000 hommes éclata en 1917 une violente mutinerie. Etaples vécut pendant plusieurs jours des heures dramatiques ; dans ses rues se déroulèrent des scènes extrêmement violentes. L’ennemi, attiré par les installations militaires, bombarda la ville, causant destructions et victimes parmi la population. Pour le lourd tribut payé pendant quatre ans, la ville reçut la Croix de Guerre en 1920.

Au cours de la Guerre 1939/1945, Etaples, comme la plupart des villes de France, connut l’occupation étrangère. Elle fut à nouveau la cible des bombardements aériens qui firent 70 victimes civiles et détruisirent ou endommagèrent le tiers des habitations.
En 1949, le Ministre de la Défense vint agrafer une palme sur la Croix de Guerre de la ville. Il lut la citation suivante : «Ce port de pêche a payé un lourd tribut pour la libération du territoire et a bien mérité de figurer parmi les cités les plus glorieusement meurtries. Le courage de sa population et particulièrement la ténacité de ses marins restera un exemple pour tous les artisans du relèvement national».


Le Château d'Etaples-sur-mer

Au sommet du tertre situé à l’extrémité du cimetière, et sur lequel se trouvent les tombes les plus anciennes, se dressait jadis le Château d’Etaples.

La forteresse fut construite en 1172 par Mathieu d’Alsace, Comte de Boulogne, sur le terrain que lui avait concédé l’Abbaye de Saint-Josse, sur les ruines d’un précédent château datant de la domination romaine.

Le Gouverneur d’Etaples, nommé par le roi, y avait son siège.

C’est là, entre ses murailles, qu’en 1492 fut signé le Traité d’Etaples entre Henri VII, Roi d’Angleterre, et Charles VIII, Roi de France.

François Ier y coucha le 27 juin 1520.

Louis XIV y fut reçu le 26 mai 1637.

Le Château fut démantelé en 1641. Ce qui en restait fut détruit. Les matériaux furent utilisés pour construire la digue de la rive droite de La Canche.

En 1805, le Maréchal Ney, quittant le Camp de Montreuil, recommanda d’établir le cimetière d’Etaples sur l’emplacement des ruines du Château. La pioche des démolisseurs fit alors disparaître à tout jamais les derniers vestiges de l’antique forteresse d’Etaples.

Le Château d'Etaples au XVIIème siècle par Pierre BAUDELICQUE ~ Agrégé d'Université
Plan n° 2 du Château d'Etaples par Tassin en 1638